Parler français en Algérie et ailleurs

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Le (je) comme pivot de l’acte d’énonciation :

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sellami kamel

Le (je) comme pivot de l’acte d’énonciation :

Message par sellami kamel le Mar 18 Mar 2014 - 18:03

Le (je) comme pivot de l’acte d’énonciation :

Soudain, le téléphone sonne, Julien accourt. C’est son ami Georges qui est au bout du fil.    
-Bonjour, Julien, tu peux me passer un instant Sébastien, s’il te plait ?
-Sébastien n’est pas ici ?
-Je ne comprends pas, ici, c'est-à-dire où ? Tu sais quand on fait abstraction de l’identité de son énonciateur et de sa position spatiale lors de son acte d’énonciation, l’adverbe de localisation que tu viens d’employer et qui joue le rôle d’embrayeur dans un discours, devient un non-sens. De plus, on se parle au téléphone et, partant, tu ne peux même pas m’expliquer cela avec un geste du doigt par exemple.  
-D’accord mais tu m’appelles sur mon téléphone fixe et tu ignores où je suis ? Ma position spatiale, c’est chez moi ; autrement dit, Sébastien, mon fils, n’est pas chez moi, il vient de sortir. Le tout se dit et se fait par rapport à moi quand je prends la parole, répond Georges d’un ton autoritaire et ironique.
-D’accord, d’accord, où puis-je le trouver, ton fiston ?  
-Il est parti avec ses amis voir un film au cinéma Le Hollywood.
-C’est où ça ?
-Où est-ce que tu es maintenant ?
-Je suis à la place Gueydon.
-Parfait, la place Gueydon étant notre repère spatial fixe. Donc, tu prends la direction du Théâtre et tu continues tout droit jusqu’à ce que tu arrives à la bibliothèque le Savoir, c’est derrière.  
-Ma foi ! Je n’arrive pas à me situer, je ne connais pas trop bien la ville de Béjaia.
-Mais, bien que nous ne soyons pas ensemble, j’ai créé un positionnement spatiale objectif qui ne varie pas en fonction de l’énonciation pour te donner la possibilité de créer à partir de là des déictiques.  
-D’accord, je vais chercher ça. Au fait, quand Sébastien repartira-t-il à Alger ?
-Il a dit qu’il repartira demain.
-Il t’a annoncé cela quand ? Cette indication temporelle qui fait partie des embrayeurs du discours ne constitue un déictique que lorsque le repère pour l’interpréter coïncide avec le moment d’énonciation. Je te raconte une blague à ce propos :  
Un propriétaire d’un restaurant peu achalandé décide un jour de coller une petite affiche à la porte d’entrée de son commerce où il mentionne ceci : « Demain, tous les plats seront gratuits » tout en évitant intentionnellement de rajouter la date qui précise le moment d’énonciation. Depuis, chaque jour, de nouveaux clients qui ne se sont pas aperçus de la ruse du restaurateur affluent. Mais à la fin du repas, on les invite à passer à la caisse pour payer l’addition. Bien naturellement, les clients ont eu une réaction prévisible. Le caissier leur explique alors, à chaque fois, qu’ils n’ont pas bien compris l’annonce et que « les repas seront gratuits demain et pas aujourd’hui ». Bien sûr, les clients ont mal interprété l’information affichée pour la bonne et simple raison et qu’elle ne comporte pas un élément fondamental du discours, à savoir le moment de l’énonciation. Dès lors, demain ne peut être un déictique temporel dans ce cas.    
-J’aime bien tes histoires, Georges, mais en parlant avec toi, nos connaissances épidiscursives ne suffisent pas, il nous faut un savoir métadiscursif approfondi. Or, si on réfléchissait au moment de l’énonciation au pourquoi et au comment nous parlons d’une telle ou telle façon, on arriverait plus rien à dire, comme l’a souligné Marilia dans son cours.
Encore un hiatus dans le discours de Julien ! « Mais qui est Marilia ? » s’interroge Georges qui ne connait pas cette enseignante mais préfère ne pas faire une énième remarque à Julien sur ses imperfections discursives. Il se contente alors de lui balancer une généralité :  
-Les éléments extralinguistiques qui déterminent le contexte du discours sont aussi importants, voire plus importants, que les mots eux-mêmes, mon cher Julien.  A bon entendeur, salut !
karim Kherbouche


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sellami kamel

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